dour festival last arena

Quel grand cru. Cette 27e édition du festival de Dour était celle de l’extrême: 5 jours de guindaille (6 si on compte le très difficile retour à la maison), ça ne s’improvise pas! Ça demande rigueur (se coucher à des heures raisonnables), discipline (ne pas tout donner le premier jour), et surtout beaucoup d’enthousiasme (mais ça, c’est la partie facile).

J’ai bien géré mon truc tout en profitant à fond de chaque journée: j’ai vu presque tout ce qui était sur ma wishlist, j’ai croisé à peu près tous les gens que je devais croiser, j’ai dormi entre 6 et 8h par nuit (!!!) et même mangé un ou deux vrais repas. Pourtant, 2 jours après la fin, je suis toujours au bout de ma vie: j’ai tout donné à ce festival, à raison d’entre 25 et 35km de marche, 10h de danse effrénée et une centaine de levers de coude par jour. Extinction de voix, portefeuille vide, mais cœur et tête pleins de souvenirs…

dour festival camping

Voici, en vrac, quelques-uns des moments et faits qui ont marqué mon édition de cette année:

  • Une communauté dont je n’ai jamais autant ressenti la force: du début à la fin, on a ressenti avec une force incroyable ce sentiment d’appartenance qui fait la particularité de Dour. Peut-être parce que les organisateurs du festival ont poussé le vice jusqu’à imprimer le cri de guerre DOUREUUUH sur les bracelets du festival et à en baptiser leur gazette journalière? ;)

 Photo/ instagram @dourfestival

  • Musicalement, ça doit être une de mes meilleurs éditions: déjà, parce qu’avec mes horaires militaires, j’étais sur le site de 13h à 4h chaque jour, mais aussi et surtout parce que j’ai vu beaucoup de vrais bons trucs. Certains, je m’y attendais: Hudson Mohawke, qui remplaçait Pusha T le dimanche, a littéralement retourné la Boombox avec un set mi-Lantern (son dernier album, à écouter on repeat absolument), mi-happy hardcore/jumpstyle qui en a surpris plus d’un. Je n’ai fait ni photo, ni vidéo, pour la simple et bonne raison que j’étais occupée à sauter dans tous les sens. Kaaris, dont tout le public entonnait les paroles en chœur et sans complexe et qui a livré l’un des meilleurs lives que j’ai vu durant les 5 jours. Les 7 (si j’ai bien compté) acolytes de Jungle, qui ont enflammé la soirée d’ouverture. Snakehips, où personne n’a voulu m’accompagner et où j’ai donc dansé seule comme une malade pendant une heure! Mais aussi Siriusmodeselektor (même si « c’était mieux à Sonar »), Danny Brown, C2C, Julio Bashmore, Floating Points, JME (qui remplaçait son frangin Skepta, moins doué mais plus connu), Débruit

D’autres étaient des découvertes, comme l’italien Clap! Clap!, qui jouait en toute fin du festival et qui est l’un de mes coups de cœur absolus – heureusement que j’ai tenu jusqu’au bout!

J’ai eu des déceptions aussi: Snoop Dogg qui ne joue que 40 minutes (même si je n’en attendais pas autre chose), Flume (y’a rien à faire, sa musique s’apprécie mieux dans l’intimité d’un chapiteau, malgré ses tentatives d’EDMiser son live show), Kaytranada que j’ai trouvé un peu mou du genou, 2ManyDJs qui feraient mieux de mettre à jour leur sélection de disques, le Klub des Loosers qui malgré la bonne idée de se produire en live band n’était pas vraiment au point… un festival c’est ça aussi: confronter la vision sublimée qu’on peut avoir d’un artiste qu’on écoute non-stop à la réalité d’une scène.

dour festival elektropedia balzaal 2015

  • Pour son 27e cru, le festival de Dour s’était vu doté de deux nouvelles scènes: Le Labo, petit chapiteau intimiste qui faisait la place belle aux musiques plus expérimentales et la Red Bull Elektropedia Balzaal, ancien chapiteau déménagé sur un plateau bordé de terrils, permettant à 10 000 clubbers de profiter des meilleurs DJ’s du monde à ciel ouvert. Drum’n’bass, techno, house, tout y est passé! Seul bémol: l’engouement pour cette nouvelle scène fut tel qu’elle a plusieurs fois été en surcapacité, bloquant l’accès à ceux qui arrivaient et immobilisant ceux qui s’y trouvaient. On fait confiance à l’orga pour résoudre cela d’ici l’an prochain, en tout cas je suis fan de l’idée!

dour festival laveurs de mains

  • Cette année, en se baladant sur le site, on pouvait aussi assister à plein de chouettes petites initiatives mises en place par des jeunes, qui proposent et réalisent un projet en collaboration avec le festival: on a pu voir, entre autres, des laveurs de mains ambulants, des DJ’s de toilettes, une oeuvre de Felipe Pantone, une installation des liégeois de la Superette… c’est toujours cool, un festival qui n’est pas ‘juste’ un festival!
  • Niveau météo, on a été plutôt gâtés cette année: un grand soleil nous a envahi durant les 4 premiers jours, nous obligeant à émerger de nos tentes vers 10h chaque matin… on s’est plaint, jusqu’au déluge qui s’est déversé sur nous dans la nuit de samedi à dimanche (mon iPhone s’en souvient, gloups).

couscous dour festival fleurs d'oranger

  • La bouffe sur le site s’améliore, mais elle reste ‘basique’, grasse et surtout, trop chère. La bonne idée cette année, c’était de sortir de l’enceinte du festival, histoire d’aller faire un repas dans l’un des restos sympa du centre de Dour. On nous avait recommandé Fleurs d’Oranger pour leur couscous, autant vous dire tout de suite que ça deviendra une tradition! Délicieux, équilibré (des légumes!!), servi pour un prix raisonnable par un personnel adorable, c’est le meilleur moyen de se retaper après le combo loempias-frites-pain mexicano-pitta enroulée géante…

Voilà qui résume à peu près mon festival! Ah non, attendez: je ne reviendrai pas dessus en longueur, mais… je déplore le manque de jugeote des médias, qui ont axé leur communication sur les contrôles de police qui ont eu lieu le premier jour. Ok on a saisi des drogues, ok on a arrêté des dealers: un grand pas en avant… en apparence, en tout cas. Surtout, un acharnement médiatique sur le festival. Comme l’exprime Peter Decuypere, de la drogue, on en trouve dans tous les festivals. On en trouve même dans les clubs, dans les cafés, dans les entreprises et les écoles. Il est sincèrement temps d’arrêter de jouer les hypocrites: cumuler les confiscations et les arrestations ne sert à rien, c’est juste de la poudre aux yeux (ouh le jeu de mots!) mais ça n’empêchera personne de se défoncer – quand on cherche on trouve. J’ai toujours cru beaucoup plus fort à la prévention et à un dialogue ouvert: distribution de brochures et de matériel clean, encadrement, accueil des gens en bad trip… il s’agit d’éduquer les jeunes et de les responsabiliser, pas de leur rappeler que la drogue, c’est illégal. Dour a toujours pris le parti de ne pas faire l’autruche, raison pour laquelle les gens s’y cachent aussi peut-être moins. A une époque, le festival disposait même d’un stand où on pouvait aller faire tester ses produits pour vérifier qu’ils étaient safe, mais ça a été très mal reçu par les conservateurs, qui estimaient qu’on encourageait et qu’on dédramatisait la consommation…

Bref! J’ai dit que je ne m’étalerais pas sur le sujet, mais ça me tenait à cœur d’exprimer mon opinion, aussi impopulaire soit-elle, car c’est un sujet qui risque d’occuper les médias tout l’été maintenant (on prévoit le même genre d’opération le week-end prochain pour Tomorrowland) et que j’espère que mon lectorat saura traiter l’info avec bon sens.

Allez, je retourne à ma déprime post-festival, en mode cernes et voix cassée… et en décomptant déjà les jours jusqu’à l’édition 2016!

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